Lazare
Collected by Initiative 78
...Quand ils m'ont arrêté, la première chose que j'ai faite a été de m'allonger par terre et de me couvrir la tête avec mes mains. Alors que j'étais au sol, j'ai reçu plusieurs coups de pied, () ils m'ont vidé les poches, pris mon portefeuille, mon téléphone... Après m'avoir dépouillé, ils m'ont forcé à me relever et m'ont emmené juste à côté, là où leurs véhicules étaient garés...
...Pendant qu'ils m'embarquaient, ils se disaient entre eux : « Ne tapez pas tout de suite, il y a des caméras », et ils cherchaient un de ces minibus qu'ils utilisent pour tabasser les gens — vous savez, ceux dont la plupart des sièges ont été retirés pour faire de la place pour frapper le monde à l'intérieur. Ce n'est pas la décision spontanée d'un policier d'élite ou un truc inventé sur le coup : chaque membre des forces spéciales sait pertinemment que toute personne arrêtée doit être amenée là-dedans pour être frappée et, pour ainsi dire, « traitée »...
...Ils ont regardé autour d'eux, se sont assurés qu'il n'y avait pas de caméras de journalistes, et ont commencé à me donner des coups dans les jambes, puis ils m'ont jeté mon propre imperméable sur la tête et là, ils ont frappé partout. Deux types me tenaient par les mains et me frappaient au visage. Combien de coups j'ai reçus et pendant combien de temps, je ne saurais le dire — à un moment donné, j'ai même perdu connaissance...
...À la fin, ils m'ont balancé dans un minibus et y ont jeté deux autres hommes avec moi — là-dedans, on a eu droit à un premier round où ils nous passaient à tabac tout en nous faisant la morale sur la virilité et la dignité humaine. « Quel genre d'hommes êtes-vous, si vous voulez faire la guerre, allez vous battre en Ukraine ! C'est vous les patriotes, les gars ? Vous kiffez vous faire prendre par le cul, vous allez voir ce qu'on va vous mettre ! »...
...Il m'a remis les menottes en me disant : « Si ça ne tenait qu'à moi, je te les serrerais tellement fort que je te briserais les mains », et il a décidé sur-le-champ de remplir lui-même le procès-verbal d'interpellation. Dans ce rapport, il a écrit que je lançais des pierres et des engins explosifs sur les policiers. De ma vie, je n'ai jamais allumé d'explosif ni jeté de pierre sur un policier, je n'ai jamais rien jeté du tout sur la police, pas même une bouteille. Quand je lui ai dit ça, il m'a demandé : « Ah bon, t'étais juste là à la manif alors ? »...