Sandro
Collected by Initiative 78
...Dans la rue, je ne me suis toujours tenu que pour ce en quoi je crois de tout mon cœur. J'ai toujours considéré, je considère et je considérerai toujours comme mon devoir d'atténuer autant que possible les conséquences disproportionnées d'une force employée contre toute personne exprimant une protestation, d'alléger un peu leur situation et de leur fournir une forme d'aide médicale...
...Vous devriez voir ces enfants, avec quel cœur et avec quels yeux ils font ce en quoi ils croient, et ils le font en silence, car cela n'a pas besoin d'être diffusé. Vous devriez voir mes collègues plus âgés et mes amis qui, après deux, parfois cinq gardes successives et épuisantes, se tiennent sur l'avenue Roustavéli et apprennent aux gens à prendre soin les uns des autres...
...J'ai été brutalement tabassé avant-hier. (...) Ensuite, j'ai été pris en photo par ces personnes qui, pour le Nouvel An, ramèneront probablement un cochon de lait rôti payé avec les 200 laris de prime reçus pour m'avoir battu, et qui porteront un toast à une année d'abondance et à la paix dans le monde. Ils devront peut-être aussi s'acheter de nouvelles bottes, puisque les anciennes sont désormais tachées de mon sang...
...Ils m'ont traîné vers la place de la République, où ils étaient des centaines, et ont fouillé mon sac. Ils n'ont pas réagi au fait que je rentrais chez moi, que j'étais médecin et que je ne résistais pas. Ils me conduisaient avec pour seule consigne : « Éloignez-le des caméras ». Une fois qu'ils m'ont amené à l'endroit qu'ils souhaitaient et qu'ils ont trouvé un masque respiratoire dans mon sac, c'est là qu'ils se sont enflammés et m'ont roué de coups de pied...
...Ils m'ont jeté dans le fourgon cellulaire où, allongé sur le ventre, j'ai reçu encore des coups, puis ils m'ont menotté. Ils m'ont assis à côté d'un garçon qu'ils avaient battu avant moi et qui avait aspergé les environs de son propre sang. Celui qui m'avait soi-disant arrêté s'est ensuite plaint uniquement du fait que j'avais sali sa veste...
...Quand ils nous ont emmenés au poste de police, là, tout le monde est devenu le « bon flic » : ..Pourquoi as-tu besoin d'un avocat ? Signe ça aussi, ça ne sert à rien, regarde, je suis là pour t'aider, quand ils te frappaient, je les ai arrêtés, maintenant je vais rédiger le procès-verbal de façon à ce que le juge ne te donne qu'un avertissement verbal, () pour le fait qu'ils t'ont pris ton téléphone et ton sac () on te rendra tout ça plus tard,,,
...Là-bas, j'ai ressenti la force incroyable qu'ont vos/mes amis. Enfermé entre quatre murs pour un si petit moment, je ne m'étais jamais senti aussi heureux. J'apprenais un peu ce qui se passait, la terre tremblait, et elle tremblait pour moi. J'ai ressenti le soutien infini de mes amis plus jeunes, de mon âge ou plus âgés...
...C'était un spectacle absurde car le procureur écrivait sur WhatsApp aux policiers qui attendaient dehors comme témoins chaque détail du déroulement de l'affaire, pour leur dicter ce qu'ils devaient dire. C'est un théâtre de l'absurde, parce que ces deux intellectuels n'ont même pas pu se rappeler correctement où je me trouvais lors de mon arrestation ni qui j'insultais (ils ont donné deux témoignages mutuellement exclusifs)...
...Le tribunal m'a déclaré coupable, qualifié de voyou et de hors-la-loi, mais après tout cela, je n'ai pas perdu courage. Aujourd'hui, je suis le plus fier et le plus heureux de ma vie. J'ai vu quelle force ont l'amitié et l'amour mutuel. J'ai vu à quel point chaque personne m'aime. Je remercie sincèrement du fond du cœur chaque personne pour l'intérêt porté à mon histoire, pour chaque larme, pour chaque minute, pour chaque message ou publication...